Publié : 5 juin 2009

Fiction ?

C’est étrange la place que cette personne que je pouvais seulement imaginer, avait prise dans ma tête et dans mon cœur. Il était devenu très vite une obsession. Ce besoin de lui parler chaque jour que j’avais à assouvir fit de lui ma drogue et fit de moi une droguée.

A travers cet écran il semblait me comprendre mieux que quiconque. Les amis, la famille ? Ils étaient bien plus souvent absents que lui n’était « hors-ligne ».

Tout ça remonte à un an peut-être maintenant. C’était une période assez floue et perturbée de ma vie. L’adolescence, c’est ce que ma mère disait.
Ce jour-là, je venais de rentrer dans mon nouveau lycée. Candice n’était plus dans ma classe. Je me souviens, elle et moi on se serrait la main si fort que notre sang ne passait même plus. Mais après tout ce n’est pas une classe et une trentaine d’inconnus qui changeront quelque chose à notre quotidien ? Dans le fond, je l’espérais plus que tout.

Je rentrais, achevée par le discours des profs nous expliquant ce nouveau statut de lycéen qui ne me faisait guère envie. L’année débutait à peine et j’eus voulue qu’elle n’ait jamais commencé. Sous les hurlements de ma mère qui me forçait à avaler la dernière bouchée de son cake aux bananes trop cuit, je me faufilais jusqu’à l’ordinateur espérant bien qu’il serait là. Effectivement, il y était. On s’était rencontré il y a une semaine de cela sur un forum de discussion. Je n’ai pas l’habitude d’aller dans des forums et encore moins d’y laisser mon adresse, mais il se trouve que ce soir là je tournais désespérément en rond et que je n’avais pas grand-chose d’autre à faire. C’est ainsi que dans mon élan de solitude je communiquais mon adresse à un inconnu. Depuis une semaine nos conversations ne cessaient plus, en passant par tous les sujets possibles.

Un mois de cours passa et la situation avec Candice se dégrada. Elle me délaissait, plus que cela encore elle m’ignorait. Ses nouvelles amies jugèrent au premier regard que je ne pourrais pas faire partie de leur « groupe », évidemment elles jugèrent préférable que Candice n’entretienne pas quelques relations que ce soit avec moi. Nos moments si précieux où l’on pouvait encore se voir diminuèrent chaque jour un peu plus. Je me réfugiai dans mon ordinateur pour soulager ma douleur et lui faire part de mes problèmes existentiels. Il me comprenait. Je ne sais pas comment il faisait, mais il me comprenait. Ces futilités aux yeux des autres prenaient un tout autre sens pour lui. Il savait que j’en souffrais. Il ne tenait pas ce discours tout fait de regrets et de « c’est la vie ». Dans ces mots je sentais la compassion et l’amour qu’aucune personne n’aurait su m’apporter à cet instant.

Il n’y eut bientôt plus aucun tabou entre nous. Pire les choses allaient, plus j’avais besoin de sa présence. Je laissais mon cœur à découvert et le laisser se vider de mes maux dans le clavier. Ce phénomène inexplicable qui faisait que l’on était à la fois si proche et si éloigné provenait de la simple et bonne raison que nous instaurèrent cette règle : Jamais nous ne chercherions à nous rencontrer ni à savoir qui nous étions. Le libre cours prenait toute son importance et il connaissait ces choses que personne ne connaît.

Quelque temps après, lors d’une fête organisée par une camarade de classe je rencontrai Denis. Je tombai amoureuse de Denis plus vite que Mozart ne sut écrire la musique. Et je retrouvai peu à peu goût à la vie grâce à l’affection qu’il me portait et la bonne humeur qu’il m’apportait. Dans ces instants de magie que je ne croyais plus retrouver, il n’était plus là. Lorsque je lui parlai de Denis il n’eut pas la moindre réjouissance. Après ce soir là, je n’eus plus le droit à un seul mot de sa part. Ma boite de messagerie restait désespérément vide et son statut constamment « hors ligne ». Je me rendis à l’évidence, mon malheur et mon désespoir faisait notre relation. Comment expliquer que malgré mon bonheur de l’instant, le fait de m’apitoyer sur la vie avec lui me manquait.

Pourtant trois mois plus tard il revint, en même temps que les mauvaises nouvelles. Il était ainsi comme une pluie fine, là quand le moment était jugé utile qu’il soit là. Et je lui confiai maintenant ce qui s’apparentait plus à des envies de fin de vie qu’à de la tristesse et des remords. Denis m’avait trompé. Il était parti. Comme tout ce que je croyais avoir acquis dans ma vie d’ailleurs. Je me rendis compte que la seule personne qui était en phase de me comprendre et d’assurer mon maintien, c’était lui. Il fallait que je le voie, il fallait que mon sang et mes larmes coulent sur quelqu’un. Je reçue de sa part un refus catégorique. Ne pas oublier cette règle. C’était devenu bien trop fort, ça ne pouvait plus durer. Je lui demandai quoi faire, parce que je savais qu’il trouverait les mots, il a toujours su trouver les mots. Notre ultime conversation dura 14h et 12min. Le ton montait, je n’en pouvais plus. Il me conseilla, et j’écoutais son conseil parce que je crois que je n’étais plus qu’une marionnette sans conscience, subissant ses caprices. C’est ainsi que le couteau trancha mes veines et que tout devint noir. Car s’il ne pouvait pas assouvir ma volonté j’aurai assouvi la sienne. Il fut mon plus grand mal et ma délivrance.

Cette fiction peut sembler tirée par les cheveux mais il faut savoir que cela est déjà arrivé ! Des personnes se suicident pour un amour irréel. On pouvait lire il n’y a pas si longtemps dans la presse : 19/05/2008 - MySpace : une ado se suicide après une rupture virtuelle.

Les sentiments bien qu’abstraits parfois, sont des choses concrètes qui ne peuvent prendre leur sens véritable qu’aux côtés de la personne qu’on aime. Bien des gens en ont fait l’expérience, la personne de l’autre côté n’est qu’un idéal que le cerveau se bâti. Parce que le cerveau humain idéalise toujours, mais il se trompe souvent.